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Bref aperçu du rapport général de la quatrième édition du colloque international et interdisciplinaire sur le vivre-ensemble harmonieux et la paix durable en République démocratique du Congo.


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samedi 23 mai 2026  128 Vues

  • Excellence Monseigneur Edouard Isango,
  • Monsieur l’Abbé Recteur magnifique,
  • Chers membres du comité de gestion,
  • Chers Doyens,
  • Chers professeurs,
  • Chers CT et Assistants,
  • Chers étudiantes et étudiants, Distingués invités,
  • À vos titres et qualités, tout protocole observé,

Du mercredi 20 mai au vendredi 22 mai 2026, l’Université Catholique Omnia Omnibus a organisé consécutivement la quatrième édition du colloque international et interdisciplinaire sur le thème : « La République Démocratique du Congo face aux enjeux du vivre-ensemble harmonieux. Le dialogue social inclusif est-il une solution à la crise de la cohésion nationale ? ».  Ce thème est d’actualité dans notre pays la RDC qui est confrontée aujourd’hui à des défis majeurs et multisectoriels liés au vivre-ensemble harmonieux. Pour restaurer l’unité nationale et promouvoir la bonne gouvernance, les points de vue se divergent. C’est pourquoi, ce colloque a pour objectif de réfléchir sur les mécanismes qui permettent de réduire les tensions, d’instaurer une paix sociale durable et de favoriser la réparation des blessures. Ces assises ont été développées en quatre axes principaux en réunissant plus de 45 communicants venus d’horizon différents : Kenya, Belgique et RDC. Le premier était marqué dans un premier par les discours d’ouverture, d’abord par la prière prononcée par Monsieur l’Abbé John Mobiala, aumônier de notre   Université ; suivie des exécutions de l’hymne nationale et de celle de l’Université Omnia Omnibus.

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Prenant en premier la parole, le professeur Abbé Christian Ngazain, le Recteur de l’Université Catholique Omnia Omnibus a adressé aux invités ainsi qu’à la communauté universitaire son mot de bienvenue, au cours duquel il a exprimé d’une part sa bruyante joie et gratitude de constater que son institution répond mieux à la vocation des établissements universitaires, à travers sa triple mission celle de la formation, de la recherche scientifique et du service à rendre à la société. Par ailleurs, il a mis en exergue la portée scientifique et citoyenne de ce quatrième colloque, présentée comme un cadre privilégié de réflexions sur les mécanismes susceptibles de pacifier durablement le pays et de promouvoir un développement social harmonieux et pérenne de la nation congolaise. 

Prenant la parole à la deuxième position, Monseigneur Edouard Isango, le Représentant de son Eminence Fridolin Cardinal Ambongo, empêché, a exprimé aussi sa gratitude aux autorités académiques, au corps professoral, aux étudiants, ainsi qu’aux personnels de l’institution académique pour les travaux préparatoires du colloque. Ayant repris la pertinence du thème et des objectifs fixés dudit colloque, le légat de l’Archevêque de Kinshasa en a souligné la profondeur académique sociale et existentiel, dans la mesure où ce thème et les objectifs poursuivis permettent de répondre à l’aspiration de la cohésion nationale et constituent un remède contre les maux qui gangrènent le tissus social du vivre-ensemble harmonieux, lequel demeure aujourd’hui une exigence impérieuse pour la reconstruction du pacte social fragilisé par les intérêts individualistes.

De son côté, la ministre de l’ESURSI, représentée par le professeur Hilaire Makindu, son Directeur de cabinet, a encouragé les initiatives de la jeune université Omnia Omnibus pour ce quatrième colloque organisé. Il a exprimé les remerciements et encouragements de la ministre pour le sérieux avec lequel Omnia Omnibus imprime sa marque de discipline et de rigueur scientifique dans l’enseignement universitaire. Reconnaissant la pertinence du dialogue, le professeur Hilaire Makindu a exprimé clairement au nom de la ministre son vœu de voir les résolutions issues de ce colloque interdisciplinaire et international constituer une vraie boussole éthique, sociale susceptible d’orienter l’agir politique en République Démocratique du Congo.

Pour sa part, le professeur Marcellin Kalombo, président de la commission préparatoire dudit colloque a adressé ses vives salutations à la communauté universitaire ainsi qu’aux invités du colloque et a présenté de manière brève la pertinence du thème choisi et a enfin exposé les différents axes du colloque ainsi que les objectifs assignés dans chaque axe.

La conférence inaugurale a été faite par le professeur Willy Bongo Pasi sous le thème : « Du monologue au dialogue national. Vers une théorie du vivre-ensemble harmonieux en République Démocratique du Congo ». Dans sa communication, le professeur a tenté d’énumérer les causes des échecs de dialogues précédents, entre autres le manque de la représentation des participants attendus ; l’absence des organes des suivis des recommandations et l’absence de contrat social horizontal. Selon lui, ces insuffisances structurelles expliquent pourquoi plusieurs initiatives de dialogue sont demeurées sans effets concrets, se réduisant à ce qu’il a qualifié de « cimetière des résolutions ». Il finit par faire des recommandations pour un dialogue favorisant le vivre-ensemble harmonieux et durable en République Démocratique du Congo.

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Le premier axe de notre colloque qui porte sur les « possibilités et fondements d’un vivre-ensemble harmonieux », a comporté deux moments importants. Le premier a évolué avec six conférences majeures. En effet, la première conférence « les dialogues en RDC, un antalgique politique » a été tenue par l’honorable Thomas Luhaka.  Il a souligné et rappelé les cinq piliers politiques à prendre en compte dans le développement d’une nation : le territoire, la population, l’Etat comme ensemble des institutions politiques, les règles (lois, constitutions et règlements) et la culture politique du pays. Le conférencier a abordé la question de la culture politique en République Démocratique du Congo qui se caractérise par la gouvernance partisane dans laquelle, un groupe s’accapare du pouvoir et du bien destiné à tous. Cette politique empêche réellement le développement du pays dans le sens où, les biens destinés à tous ne profitent qu’à un petit groupe. D’où l’exclusion, les mécontentements, la déstabilisation et la rébellion qui naissent. Ainsi, le dialogue en Rd Congo devient le lieu de copter des exclus, des mécontents. Cette manière de mener le dialogue a pour conséquence la naissance des groupes qui reproduisent les inégalités. D’où, le dialogue devient antalgique et ne résout pas le problème de fond et ne fait qu’avancer la gouvernance partisane. Eu égard à ce qui précède, l’honorable a proposé les orientations suivantes pour un meilleur rendement de la RD Congo : une gouvernance cohésive où l’on prône le leader-arbitre c’est-à-dire le leader ne devra pas porter le titre d’un partisan mais plutôt l’acteur du dialogue permanent et celui qui devra à tout prix respecter et faire respecter la loi. Changer nos paradigmes dans la manière de faire la politique et quitter la conception mystique du pouvoir avec le slogan du genre « notre tour » afin de toujours adapter nos institutions à nos réalités propres.

La deuxième conférence s’est basée sur « vivre-ensemble harmonieux et médias en temps de guerre ». Donnée par le maître Christian Bosembe. Son intervention a comporté deux moments essentiels. Le premier a souligné que le terme vivre-ensemble devient un discours longtemps mal compris en Afrique parce qu’il se base seulement sur la question de la redistribution des biens, alors qu’il devra se comprendre comme un état d’esprit basé sur une justice distributive. Dans cette lumière, il est à noter également la question de la possession du minimum de bien être pour entrer dans cette recherche du bien vivre harmonieux. Le deuxième a montré le rôle que doit jouer les médias dans la conception mythologique et métaphysique de l’être humain en évoquant les valeurs à mettre sur pieds pour une harmonie dans la société. Ces valeurs rappelées par les médias dans son rôle, devront aider l’homme à accepter les erreurs et à nourrir sa conscience, à corriger les erreurs, à déterminer son rôle et non pas à diviser la nation par la parole.

La troisième conférence, « le dialogue : entre le pluralisme critique et le décentrement du regard » a été donnée par le professeur Fréderic Kinkani. En effet, le professeur souligne que la question du dialogue part du slogan « maloba mabe » en évoquant ce que les congolais vivent dans le bus dit 207 dans lequel la parole devient assassine. L’objectif de sa conférence était de montrer ce qui bloque le dialogue dans une institution. Ainsi, il a évoqué la question de l’hégémonie où chaque homme se voit le centre du monde, la norme. Ceci ouvre non plus à la discussion mais plutôt aux barrières. Le dialogue ne doit pas viser à convaincre ni à vaincre mais plutôt la recherche de la compatibilité bien que nous n’ayons pas le même costume en tenant compte de toutes les couches. Le dialogue vise l’intercompréhension et tourne son fondement dans le pluralisme critique c’est-à-dire savoir que chacun a une vérité qui doit tendre vers la vérité commune. Pour le professeur, le dialogue est un acte de construction d’une culture, l’arbre de palabre africaine, un espace de résolution des problèmes. Face à tout ce qui précède, le professeur a proposé quelques recommandations à savoir: les cultures congolaises doivent apprendre à dialoguer les unes des autres pour former réellement une nation selon le vœu que le Congo soit un et indivisible. Tenir compte des qualités dont la patience, la transparence, la flexibilité, pour entrer en dialogue bon et sincère.

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La quatrième communication celle du Professeur Roméo Likama a porté le sujet suivant : « Le Dialogue inclusif rationnel comme fondement du pouvoir politique ». Le communicant est parti de cette hypothèse : Accéder au pouvoir politique par la guerre ou la soutenir peut occasionner des crises multiformes allant de la carence démocratique au déficit socio-économique.  Cependant, il s’est posé la question suivante : comment y remédier? Quel diagnostic peut être appliqué efficacement?  Brièvement, le professeur souligne à voix ténor la primauté de la population sur le pouvoir politique. Ce renversement de l’anormal qui est devenu normal mais qui doit redevenir anormal dès par son essence, va au finish déboucher sur nécessité du renversement de la pyramide politique par la Constitution-peuple. Pour tout dire, de ce périple réflexif et correctif du pouvoir-militaire et frauduleux, nous aboutirons à l'utilité et l'efficacité du pouvoir-citoyen.  Au terme de sa communication, le professeur Roméo Likama propose quelques recommandations dont le renforcement de l’engagement citoyen c’est-à-dire, de la société civile, les confessions religieuses, les communautés locales et les mouvements citoyens doivent s’impliquer activement en politique comme des forces de pression capables d’influencer positivement la gouvernance.

La cinquième conférence est celle du Professeur Jean Claude Likosi et Madame Natacha Bora, avec comme sous le thème : « Dialogue National inclusif. Figement et défigement discursifs d’une formule à controverse ». La question centrale de l’analyse des conférenciers réside dans le paradoxe suivant : comment une expression censée produire du consensus est-elle devenue le mot principal de la discorde ? Dans leurs analyses, les conférenciers postulent que l’expression « Dialogue National Inclusif », censée rassembler, est devenue une source majeure de conflit en RDC car chaque acteur lui donne un sens différent. Pour la CENCO/ECC et l’opposition, il représente une solution de rupture face à l’incapacité des institutions à résoudre des crises. Pour le pouvoir, le dialogue est perçu comme une menace de déstabilisation et est donc disqualifiée ou limitée à un dialogue externe (Doha, Washington). En gros, cette divergence crée une bataille discursive amplifiée par les médias, entraînant méfiance, polarisation et fragilisation du climat politique. Le sixième conférencier est le Professeur Emmanuel Bueya, SJ qui a présenté sous format vidéo, en rappelant que les dialogues au Congo sont souvent performatifs et insuffisants : ils masquent l’absence d’un contrat social effectif et ne préviennent ni la balkanisation ni la reprise des violences. Il soutient cependant que le dialogue doit être considéré comme un moyen, non comme une fin, et que des préalables symboliques sont indispensables pour qu’il produise une cohésion réelle. Il commence par la déconstruction de l’illusion selon laquelle, la simple tenue de dialogues sociaux garantit la paix durable au pays. Il distingue dans ce sens, l’agonisme (concurrence politique légitime) et antagonisme (exclusion existentielle) pour éviter que les dialogues n’amplifient pas les divisions sur fond d’une enemyopie. En ce qui concerne les préalables symboliques, le professeur estime qu’il faut poser un imaginaire national partagé à travers la culture, les sports, les arts, l’éducation civique, la coopération intra-congolaise ; la promotion de la confiance horizontale et verticale, et la reconnaissance inclusive des appartenances. Ces éléments symboliques, complétés par des réformes juridiques assurant l’égalité réelle devant la loi, rendent le dialogue opératoire et durable.

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Le deuxième moment de cet axe était marqué par sept communications en se basant sur l’aspect du vivre-ensemble harmonieux. Le premier intervenant est le Professeur Jethro Ekoka qui a analysé les repris identitaires en RDC à travers ce sujet : « Analyse longitudinale des replis identitaires en République Démocratique du Congo : Diagnostic des cas et recommandations pour un vivre ensemble harmonieux ». Le professeur Ekoka a déclaré que la question des replis identitaires, du tribalisme et de l’unité nationale n’a cessé de préoccuper les Congolais pendant la colonisation et, particulièrement, depuis le départ des colonisateurs. Considéré comme le véritable cancer social de l'histoire de la RD Congo, le tribalisme est fondé sur le sentiment exagéré d’appartenance exclusive à son ethnie ou sa tribu. Il a ainsi conclu en proposant propose la notion de maintien de la face tribale. Dans toute situation d’interaction où nous nous retrouvons, chacun de nous devrait se rappeler qu’il est acteur et représentant d’une tribu, et qu’il est perçu et observé par les autres, considérés comme spectateurs appartenant à d’autres tribus. Une telle conscience relationnelle pourrait contribuer à renforcer le respect mutuel et à consolider l’unité nationale.

Le deuxième intervenant de cette deuxième partie de l’axe est le Professeur Abbé Freddy Nzaba qui a communiqué sur « D’esclave au frère : une lecture contextuelle de la lettre à Philémon pour un vivre-ensemble harmonieux en R.D. Congo ». Sa communication s’inscrit dans le contexte de l’exégèse théologique de la lettre à Philémon afin d’y puiser les possibilités et les fondements d’un vivre-ensemble harmonieux. Il propose de considérer l’autre non plus comme un être à marginaliser mais plutôt comme un autre moi avec qui travailler sur la reconstruction de la cohésion nationale qui constitue un gage d’un vivre-ensemble harmonieux. Pour l’Abbé Christian Maleta, c’est-à-dire le troisième intervenant, : « Il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » Analyse exégétique du Ps 133. Tel est son sujet qui part du constat selon lequel, face aux guerres et conflits ethniques, qu’il est temps que la population congolaise s’approprie cette parole des Psaumes « Il est bon, il est doux pour des frères de s’asseoir ensemble et d’être un ». Et, cette fraternité, cette unité passe par le dialogue (s’asseoir ensemble) afin de déceler les problèmes. Autrement dit, s’asseoir afin de privilégier les consensus par la palabre pour trouver des solutions idoines aux causes profondes du malaise de la dysharmonie vécue afin de rétablir ou de protéger le vivre-ensemble harmonieux entre congolais, politiques ou non politique.

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Pour le Professeur Abbé Athanase Kapopwe qui a tablé sa communication sur le « Dialogue social inclusif en RD Congo : une voie pour la refondation de la cohésion nationale, fondée sur la constitution et éclairée par l’évangile ». En évoquant les facteurs qui fragilisent le vivre-ensemble en RDC, les potentialités liées à la reconstruction du tissu social et les conditions d’un dialogue réellement transformateur, le conférencier a stipulé que le dialogue social inclusif peut de manière conditionnelle contribuer à la cohésion nationale. Il a affirmé que le dialogue peut produire des effets s’il est articulé à des transformations structurelles, notamment en manière de gouvernance, de justice et de participation citoyenne. Il a recommandé que l’Eglise, en tant que sacrement d’unité, joue un rôle spécifique, non seulement comme médiatrice sociale, mais aussi comme espace vivant de communion, capable d’incarner les valeurs qu’elle proclame. De son côté, le Prof Abbé Jean Mobiala a présenté l’eucharistie comme sacrement de paix et de vivre ensemble.  « L’Eucharistie, sacramentum pacis. La communion eucharistique, source d’un vivre ensemble harmonieux ». Selon le professeur Mobiala, l’Eucharistie nous permet d’agir dans une bonne et sincère intention, de mettre fin aux divisions qui nous caractérise de fois volontairement. Ainsi, il a souligné que « pour devenir libre, il faut nous défaire de tout ce qui nous enferme et nous attache. Il faut aussi renoncer à nos fausses protections qui nous enferment, rompre avec nos frayeurs déraisonnables, être ce que nous recevons et devenir ce que nous sommes.

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Le Professeur Jean-Marie Vianney Katembo a présenté dans sa communication le regard philosophique sur l’éducation des opprimés, c’est-à-dire « De l’exclusion à l’inclusion : regard philosophique sur l’éducation des opprimes dans la société congolaise ». Pour lui, l’éducation de la jeunesse marginalisée et martyrisée est mise à jeun par des hommes sans foi ni loi. Or, éduquer à la paix, pour la paix et rien que la paix constitue un levier stratégique pour transformer l’exclusion en inclusion sociale. Cependant, pour parvenir à l’éducation des opprimés, il faut conscientiser cette catégorie de la population, considérer comme les « sans voix » et favoriser leur participation citoyenne dans la construction d’une République plus juste et solidaire. Pour clôturer cet axe, la docteure Laetitia Muabila s’est penchée sur « Influence de la communication sur les politiques de prévention des crises en RDC. Analyse discursive des récits de déplacés du conflit Kamuina Nsapu ». Selon la conférencière, le conflit Kamuina Nsapu constitue l’une des crises humanitaires majeures qu’a connues la RDC. Il a provoqué des déplacements massifs de populations, des traumatismes sociaux et une forte mobilisation des organisations humanitaires. Face à cela, l’oratrice a recommandé la mise en place du dialogue et de la médiation entre les communautés à travers le modèle « Dijinga » ; la promotion d’une communication de paix fondée sur l’écoute et le respect mutuel ; la lutte contre les rumeurs, les discours haineux et la désinformation ; l’implication des déplacés internes dans les initiatives de réconciliation et de cohésion sociale et la sensibilisation des populations aux valeurs du vivre-ensemble et de la non-violence.

À l’issu de la présentation des communications de ce premier axe, quelques questions importantes ont alimenté le débat ainsi que les discussions que nous pouvons évoquer quelques-unes :

  1. Pourquoi préférez-vous la commission vérité, justice et réconciliation ?
  2.       Que dit la constitution sur la reconnaissance de la nationalité ?
  3.      Quelle assurance avez-vous sur le fait que ceux-là qui ne sont pas au pouvoir aujourd’hui ne pourront répéter les mêmes erreurs faites ceux qui dirigent aujourd’hui en ce qui concerne le tribalisme ?
  4.     S’il y a à craindre aujourd’hui sur le maintien du tribalisme au sommet, ça sera quoi selon vous ?
  5.    Comment pensez-vous appliquer la conversion de la lettre à Philémon à nos dirigeants afin qu’ils cessent de voir le peuple comme les esclaves mais comme frères ?
  6.     À la lumière de la lettre à Philémon, qui est esclave ? Qui est dominé ? Qui domine ? dans le contexte congolais.
  7.      Votre lecture de Psaume 133 n’est-ce pas une réponse de douceur qui semble ne pas avoir sa place face à la violence des armes ?
  8.       De quelle manière s’assoir pour mettre fin à la crise en RDC ?
  9.      Vous invitez un peuple qui est en mouvement vers la montagne de s’arrêter, est-il un arrêt du processus pour tout oublier ?
  10.     Avant de s’assoir, n’est-il pas possible de rendre d’abord justice aux victimes ?
  11.  .  Que veut dire vivre-ensemble selon ? C’est devenir un état, une nation ou un pays que le Congo n’est pas devenu ?
  12.      Avec 450 tribus, est-il réaliste que le pays soit géré à tour de rôle ? Une présidence à tour de rôle n’est-ce pas une manière de consacrer le tribalisme ?
  13.       Quel est votre avis sur la récente déclaration du SG de l’UDPS qui propose de revenir à la constitution de la CNS 1992 ? 
  14. Dans quelle mesure partir de l’eucharistie (qui est propre à l’Eglise catholique) pour aboutir au dialogue ?
  15.     Quel est le lien que vous mettez entre l’eucharistie et le thème général du colloque ?
  16.     L’explication et la contextualisation de l’illustration sur le vivre-ensemble dans le couple marié ?
  17.    Quelle place accordez-vous au silence et aux non-dits des victimes ?
  18.       Quelles ont été les causes de la crise de Kamuina Nsapu ?
  19.       Quelles sont les solutions apportées ?
  20.      Que diriez-vous au chef de l’Etat sur la réception des réfugiés dans notre pays ? faut-il continuer à les recevoir ?

Le deuxième axe comportait douze (12) communications dont le premier intervenant est le professeur Jean-Paul Yawidi Mayinzambi qui a montré « Les faiblesses de la personnalité du Congolais ». Dans sa communication, le Professeur propose une lecture psychologique des difficultés du vivre-ensemble en RDC. Selon lui, la crise congolaise n’est pas seulement politique ou économique, mais profondément psychologique et pédagogique. Il soutient que la personnalité collective congolaise n’a pas atteint une maturité normale et demeure marquée par des comportements infantiles tels que l’égocentrisme, l’incapacité du partage, la destruction du bien commun, la culture de l’accusation, la méfiance généralisée et l’absence de responsabilité collective. L’auteur s’est s’appuié sur l’approche psychanalytique du développement de la personnalité pour expliquer cette immaturité psychologique. Il estime que plusieurs facteurs historiques, éducatifs, culturels et religieux ont contribué à cette situation, notamment un système éducatif qui favorise la dépendance intellectuelle, marginalise les savoirs endogènes et forme davantage des répétiteurs que des penseurs créatifs et responsables. À cela s’ajoutent une culture de superficialité, certaines dérives religieuses et une perte de confiance en soi qui empêchent l’émergence d’une conscience collective mature. Face à cela, le vivre ensemble ne peut devenir qu'un cauchemar.  Il plaide pour la création d’une école endogène adaptée aux réalités congolaises. Et préconise la fermeture immédiate de types d'écoles implantées au Congo. Cette école devrait former des citoyens autonomes, critiques, créatifs et capables de produire des solutions locales. Pour lui, le relèvement du Congo passe avant tout par la construction d’un adulte congolais mature, responsable et conscient de son rôle dans le vivre-ensemble harmonieux et le développement national.

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Pour le Professeur Abbé Bertin Beya, « Des bonnes lois, des institutions justes et des armes propres comme socles du vivre-ensemble harmonieux en RDC ». Car, La République Démocratique du Congo connaît depuis son indépendance de nombreuses crises marquées par les conflits armés, les divisions ethniques, la mauvaise gouvernance et les discours de haine, qui fragilisent le vivre-ensemble harmonieux. Face à cette situation, plusieurs penseurs proposent des pistes pour construire une paix durable et renforcer la cohésion nationale notamment : Nicolas Machiavel souligne l’importance des bonnes lois et d’une armée nationale disciplinée pour garantir la stabilité de l’État, protéger la souveraineté et lutter contre la corruption. Paul Ricœur affirme que le vivre-ensemble repose sur « une vie bonne avec et pour les autres dans des institutions justes », plaçant ainsi la justice au centre de la société. John Rawls insiste sur l’équité, l’égalité des chances et une meilleure redistribution des ressources afin de réduire les injustices sociales. Amartya Sen met en avant la démocratie, la participation citoyenne et le débat public comme moyens de promouvoir la justice et le développement humain. Axel Honneth, quant à lui, défend la reconnaissance mutuelle, le respect de la dignité humaine et la solidarité comme fondements de la paix sociale.

Dans cette même logique, Ngoma Binda considère le dialogue politique comme un outil essentiel pour résoudre pacifiquement les conflits et renforcer la stabilité nationale. Devant cet état de chose, la coexistence pacifique demeure un défi. Le dialogue sincère et permanent permet de favoriser le compromis et d’éviter le recours à la violence. Ainsi, la reconstruction du vivre-ensemble harmonieux en RDC nécessite des lois justes, des institutions fortes, une armée républicaine et une véritable culture du dialogue politique afin de bâtir une paix durable fondée sur la justice, la reconnaissance mutuelle et la fraternité nationale.

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De son côté, le Professeur Joseph Nguapitshi, a tablé sur les « Fondements historiques de la déstabilisation de la RDC dans sa position géographique de « pays solution ». Cette communication analyse les fondements historiques de la déstabilisation de la RDC malgré sa position géostratégique de « pays solution » en Afrique centrale. L’étude montre que les fragilités actuelles trouvent leurs origines dans les héritages précoloniaux marqués par la fragmentation politique des royaumes et chefferies, incapables de construire une unité territoriale durable. La colonisation léopoldienne puis belge a ensuite instauré un système extractif centré sur l’exploitation des ressources naturelles au détriment du développement interne, renforçant les inégalités territoriales et la dépendance extérieure. Après l’indépendance, la faiblesse des institutions, les sécessions, les régimes autoritaires et les guerres régionales ont aggravé l’instabilité du pays. Les conflits armés, particulièrement dans l’Est de la RDC, sont liés aux convoitises autour des ressources minières stratégiques telles que le cobalt, le coltan et le cuivre. Aujourd’hui encore, la corruption, la mauvaise gouvernance et les ingérences étrangères limitent la capacité de la RDC à jouer pleinement son rôle géostratégique.

Cependant, la RDC possède d’importants atouts grâce à ses ressources naturelles, son potentiel énergétique et son rôle environnemental dans le bassin du Congo. Pour devenir réellement un « pays solution », l’étude recommande le renforcement des institutions, la lutte contre la corruption, une gouvernance inclusive, la transformation locale des ressources minières ainsi qu’une diplomatie régionale et internationale proactive. La stabilisation du pays passe donc par des réformes profondes capables de transformer ses vulnérabilités historiques en opportunités de développement et d’influence durable.

Le Professeur Giscard Loando a communiqué sur : « l’intégration économique RDC-Rwanda à l’épreuve du modèle Schuman et du DODD-Frank ACT ». Cette communication en vidéo analyse l’intégration économique entre la RDC et le Rwanda à travers la doctrine de Robert Schuman et le Dodd-Frank Act. En s’inspirant de la réconciliation franco-allemande après les guerres européennes, l’étude montre que les Accords de Washington peuvent transformer les tensions entre les deux pays en une coopération économique fondée sur la « solidarité de fait ». Selon cette approche, l’entrelacement des intérêts économiques et commerciaux peut réduire les conflits et favoriser une paix durable dans la région des Grands Lacs. L’auteur souligne également le rôle du Dodd-Frank Act, notamment sa Section 1502, qui impose la traçabilité des minerais afin d’éviter le financement des groupes armés. Ainsi, l’intégration économique devient un outil stratégique de stabilité régionale et de co-développement. L’étude recommande notamment l’harmonisation des systèmes de traçabilité minière entre la RDC et le Rwanda, le développement des infrastructures transfrontalières, ainsi que le respect strict de l’intégrité territoriale dans les relations commerciales. Elle propose aussi de renforcer les programmes de recherche interdisciplinaires et de sensibiliser la société civile à la doctrine de la « solidarité de fait » afin de faire de la prospérité partagée un rempart contre la guerre et un fondement de la cohésion régionale.

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Le Professeur Kevin Kazadi s’est attelé sur « La captation des ressources naturelles comme moteur de l’économie de guerre en Afrique subsaharienne : analyse des mécanismes d’appauvrissement des populations locales en RDC ». Cette communication montre que la République Démocratique du Congo, malgré son immense richesse en ressources naturelles comme le cobalt, le coltan et l’or, reste confrontée à une forte pauvreté, aux inégalités et aux conflits armés. L’étude part de résultats selon lesquels 42% de la population détient 70% des richesses et de fortes inégalités engendrent la mauvaise gouvernance des ressources minières, leur captation par des groupes armés et les réseaux informels alimentent une véritable économie de guerre qui freine le développement du pays. À travers une approche économétrique couvrant une période de 30 ans, soit de 1993 à 2003, les résultats démontrent que les conflits armés ont un impact négatif sur la croissance économique, le bien-être social et la répartition des richesses. Les ressources naturelles, au lieu de favoriser le développement, deviennent une source d’instabilité et d’appauvrissement des populations locales. La guerre entretient ainsi un cercle vicieux de pauvreté, d’insécurité et de sous-développement.

L’auteur souligne néanmoins que les ressources naturelles ne constituent pas un problème...